Le logement dit social à Châtelaillon : Enjeux, causes et conséquences

eQuel constat peut-on faire sur la situation du logement locatif à Châtelaillon ?

Le marché immobilier, notamment le parc locatif privé, est inadapté à la demande car les prix du logement et du foncier ont connu une hausse continue depuis des années et restent à des niveaux élevés. Il en résulte l’impossibilité pour des ménages à revenus modestes et moyens de se loger dans notre commune. Ce n’est pas anecdotique dans notre ville où 35 % des habitants sont locataires de leur logement.

La loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) du 13/12/2000 a posé le principe de la responsabilité communale dans la production de 20 % de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants, d’ici à 2020. Cette loi n’a pas été remise en cause par la majorité de Droite entre 2002 et 2012, bien au contraire. Jean-Louis BORLOO par exemple, a pris d’autres initiatives. Certes, beaucoup de communes ont été confrontées à de grandes difficultés car l’adoption de la loi SRU a entraîné souvent un important effort de rattrapage, mais contrairement à beaucoup d’autres, on n’a pu constater sur Châtelaillon aucune volonté politique de la part de la majorité municipale en place pour tendre vers les objectifs de la loi SRU. C’est un comble, alors que notre maire était alors en tant que député, chargé de voter et de faire appliquer les lois de la nation sur sa commune.

Les chiffres sont éloquents comme le montre le tableau (1) ci-dessous :

Tableau logement

Quelles sont les incidences pour Châtelaillon et les Châtelaillonnais ?

Nous avons rencontré une femme seule avec un enfant qui devait débourser 600 € par mois pour un logement d’un peu plus de 30 m2 il y a trois ans. Ne pouvant faire face bien longtemps, elle a été obligée de quitter Châtelaillon. De nombreux ménages Châtelaillonnais sont dans le même cas, les chiffres montrent que le turn-over de la population est important sur notre commune. Dans un contexte d’augmentation de l’emploi salarié à Châtelaillon, cela entraîne l’impossibilité pour de nombreux actifs de se loger sur la commune où ils travaillent (et on ne parle pas des chômeurs), ce qui accroît de fait les déplacements en voiture et pose d’autres questions en terme de développement durable.

Concernant les ménages avec enfants (sur lesquels pèsent donc de nombreuses autres charges), il n’est que de regarder la situation des écoles châtelaillonnaises dont les effectifs sont en baisse constante (2).

A Châtelaillon, les ménages de 3 et 4 personnes (parents avec 1 ou 2 enfants) représentaient moins de 20 % de la population en 2008 contre 32 % en 1982 (3). Nous considérons à Vivre à Châtel que les difficultés à se loger à des prix décents sont une cause directe de la diminution des ménages avec enfants à Châtelaillon. Cette question aurait dû être prise à bras le corps il y a 15 ans. Que de temps perdu !

Mais l’implantation de logements sociaux fait peur. Il est peu porteur sur le plan électoral de les défendre…

Certains ont instillé dans l’esprit des gens, à des fins purement électoralistes, que le fait de construire des logements sociaux c’était faire venir sur la commune de Châtelaillon des personnes en grande difficulté sociale, des « cas sociaux ». En réalité, ce qu’on appelle le logement social revêt de multiples formes et il s’adresse à un large éventail de la population (les logements intermédiaires, pour les classes moyennes par exemple), à tel point qu’on estime que 50 à 60 % des Français peuvent y prétendre. Défendre, par exemple, la possibilité pour chacun d’habiter là où il travaille, c’est défendre l’intérêt général, c’est un comportement… républicain ! Au lieu de cela, la Droite châtelaillonnaise a choisi de faire de ce thème un épouvantail lors des campagnes électorales, agitant le spectre de voir se construire sur notre commune « des barres d’immeubles ». Nous avons perdu près de 15 ans et tous les Châtelaillonnais en ont subi les conséquences.

Les logements sociaux, ce n’est pas beau visuellement, cela finira par dénaturer l’architecture de notre commune !

Des communes comme Saint-Palais ou Vaux-sur-mer sont dans le même cas de figure de par leur visage balnéaire. L’intégration visuelle, c’est ce qu’ont essayé de faire les élus de ces villes et selon le maire de Saint-Palais, C’est plutôt réussi : « Ils ont fait de belles choses, il faut bien le reconnaître. » (article du Littoral de février dernier). Ce n’est plus une raison valable de ne pas construire.

La situation a évolué depuis peu, à Châtelaillon : chacun a pu constater que dans les nouveaux programmes immobiliers, il y a une part de logements sociaux !

Certainement, mais cela est dû à la politique volontariste de la communauté d’agglomération de La Rochelle qui a acquis la compétence et impose à présent par le biais du Programme Local de l’Habitat, un pourcentage de logements aidés. Par ailleurs, entre 2013 et 2014, le taux de logements sociaux obligatoires est passé de 20 à 25% avec la loi ALUR. Au 1er janvier 2010, la commune avait déjà un déficit de 450 logements sociaux(4). Or, le foncier disponible pour construire est à présent limité. Un dossier paru dans Le Littoral en février dernier fait état d’un déficit de 782 logements en 2014. Châtelaillon a donc dû s’acquitter d’une pénalité de 115 000 € l’an dernier, alors que des communes en ont été exonérées en raison des efforts constatés pour améliorer leur offre de logements sociaux. Autant d’argent qui n’a pu être investi ailleurs… Nous disons donc que tous les Châtelaillonnais ont été perdants dans cette affaire car c’est une part des impôts de chacun d’entre nous qui a dû payer l’absence, durant des années, de volonté politique de notre maire en terme de logement social.

Concernant le logement locatif privé, y a-t-il des solutions ?

Beaucoup de logements sont loués à Châtelaillon de septembre à juin à des familles, et souvent à des étudiants qui se groupent parfois à plusieurs, puis en juillet et août à des vacanciers. Les propriétaires cherchent à rentabiliser au maximum leur investissement, on peut les comprendre. Mais des dispositifs légaux permettent là aussi de trouver des solutions : le dernier en date, la loi Pinel qui est entrée en application en janvier 2015, encourage ainsi l’investissement immobilier locatif dans l’immobilier neuf et rénové au profit d’un avantage fiscal significatif sur l’impôt sur le revenu pour le propriétaire, moyennant une modération du loyer demandé. Voilà un exemple de dispositif qui permet d’allier intérêt du propriétaire et du locataire et d’augmenter la part de logements sociaux à Châtelaillon. C’est le rôle des élus d’utiliser tous les outils disponibles et de faire connaître les possibilités existantes aux uns et aux autres. Encore faut-il considérer que le fait de pouvoir se loger n’est pas un privilège mais un droit fondamental…

(1) : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2014/06/20/logements-sociaux-comment-votre-commune-s-en-sort-elle_4442495_4355770.html
(2) : On est passé de 556 élèves scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires en 2005-2006 à 454 en 2010-2011, soit une baisse de 18,3 % en 5 ans (présentation du PLU de Châtelaillon-Plage, page 73)

(3) : Présentation du PLU de Châtelaillon-Plage, page 42

(4) : Présentation du PLU de Châtelaillon-Plage, page 51


4 réflexions sur “Le logement dit social à Châtelaillon : Enjeux, causes et conséquences

  1. Excellent article d’analyse sur le problème du logement social à Châtelaillon. Présentation attrayante sous forme de questions pertinentes et de réponses … percutantes. Ces réponses sont en outre très bien documentées en faisant référence à des sources incontestables et vérifiables. Elles montrent que tous les Châtelaillonnais sont concernés par ce problème et souffrent, au moins financièrement, de la politique menée par la majorité municipale depuis plusieurs années dans ce domaine.

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